Stromaé : "Le rascime a toujours existé, on ne changera pas la nature humaine"

Publié le 18 Décembre 2013

Stromaé : "Le rascime a toujours existé, on ne changera pas la nature humaine"

Désabusé, Stromae avouait ce mercredi matin au micro de Thomas Sotto sur Europe 1 que le racisme perdure dans notre société car "on ne peut pas changer la nature humaine".

 

Stromaé était invité pour parler de son dernier album qui fait un véritable carton depuis sa sortie dans les bacs. Il est revenu sur sa carrière, les éloges que la presse lui fait et a expliqué pourquoi il a décliné l'invitation des Enfoirés 2014.

 

Phénomène, c'est le mot qui revient le plus vous concernant. Vous trouvez ça justifié ?

 

"L'album Racine carré est un phénomène, oui ! Ce qui me fait peur derrière ça, c'est la personnification du succès : c'est très mauvais pour la santé. Mais que tout le monde se rue sur cet album, c'est un vrai phénomène."

 

Quand à 28 ans on est adulé, avec des éloges dans la presse, comment vivez-vous tout cela ?

 

"J'essaie de dépersonnifier, je ne sais pas si ça se dit... C'est un groupe ! Une quarantaine de personnes travaillent sur ce projet : je les cite car je suis toujours en façade, c'est un peu facile. On a fait une photo d'une époque, d'un moment : le public a adhéré, mais ça ne veut pas dire que le troisième, le quatrième [album], ça fera la même chose ! C'est un moment, il se passe un truc, tant mieux. Je ne me plains pas, au contraire, mais il ne faut jamais personnifier : je pense qu'à ce moment-là, c'est la fin."

 

Vous êtes musicien pour faire passer des messages, c'est fondamental ?

 

"Non. Je passe des messages parce qu'on est obligé, sinon ce n'est pas une chanson... J'ai peur d'être cliché ! Ce n'est pas parce qu'on dit "Je t'aime" qu'on est cliché ou pas, je m'en suis rendu compte. C'est la façon dont on aborde le sujet, la vision... La thématique de l'amour, la thématique du pays nord-sud, ce n'est pas ça qui fait cliché mais la façon de l'aborder. C'est par souci de perfectionnisme que je ne peux pas laisser un texte ainsi, que je n'ai pas fait écouter, retravaillé... Le vrai plaisir, ce n'est pas très heureux à dire, c'est quand je compose, pas quand j'écris. Ce n'est pas très plaisant d'écrire."

 

Pourquoi décliner l'invitation des Enfoirés ?

 

"Je ne sais pas si c'est une certaine pudeur... J'ai un problème à mêler mon image à une association caritative... Si je fais ce genre d'association, que je me mets en avant, c'est pour servir ce genre d'association : j'ai un problème avec ça car j'en profite. C'est là où je me sens mal."

 

Vous trouvez que les artistes sont trop mis en avant par rapport à la cause ?

 

"Pas du tout, pas du tout. C'est le problème : ce n'est que ma vision, elle n'engage que moi, je ne porte aucun jugement sur ceux qui le font. Ça m'a déjà été proposé. Je pense qu'on peut soutenir des associations de manière plus discrète. J'ai juste un problème à aller montrer ce visage pour ce genre d'associations."

 

Vous avez une vision d'orfèvre de la musique...

 

"C'est pour ça que je préfère le terme d'artisan, plutôt qu'artiste ou star, ces termes un peu ridicules. Artiste, ça met sur un piédestal complètement ridicule, star encore plus ! Artisan, ça nous ramène au même pied d'égalité : l'humanisme à son état le plus simple."

 

Vous êtes pourtant en train de devenir une star...

 

"Je déteste ce mot ! Mais si vous voulez l'utiliser, pas de problème. L'album a été fait comme un artisan, un boulanger. Notre métier ne sert à rien, moins qu'un boulanger ! Je me dois de garder mon statut d'artisan. Je suis artisan, je le reste, dans l'humeur et dans les gestes ! Comme le disait mon compatriote !"

 

Quand vous vous regardez dans la glace, vous voyez qui ?

 

"Je vois Paul Van Haver, qui n'est pas la même personne que Stromae je crois aujourd'hui... Et je vois des carnes ! Je commence à ressembler à un panda. Je vais partir en vacances, ça va me faire du bien de me reposer avant 2014 qui s'annonce fatigante mais dans le bon sens du terme."

 

Vous avez connu le racisme... Comment voyez-vous la société, dans quel sens allons-nous ?

 

"J'ai l'impression que ça a toujours existé et qu'on ne changera pas la nature humaine. Il faut lutter. On a tous un bon potentiel raciste en nous, tous humains. C'est très facile d'avoir une phrase raciste qui sort, c'est très facile de pointer du doigt une personne qui aura pu faire un accident, la diaboliser à jamais comme si elle était le mal incarné. Je pense que c'est plus le malheur et la tristesse qui se traduisent à travers le racisme. Il faut apprendre à dialoguer avec ces personnes, leur expliquer plutôt que les marginaliser. Je trouve ça un peu triste. Ca y est : je me prends au sérieux ! Ca rassemble à rien !"

 

Il y a un vrai débat : comment prononce-t-on votre nom ?

 

"Avant je luttais, mais ça n'a pas beaucoup d'importance. A choisir, c'est "Stromaille", il n'y a pas d'accent aigu."